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Plaidoyer pour un autre milieu rural émancipateur

Plaidoyer pour un autre milieu rural émancipateur

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La constitution de mars 1987 a prôné « un état décentralisé », avec une présence des services de l’État sur l’ensemble du territoire et l’autonomie des communes du point de vue politique, administratif et financier. Le décret-loi de février 2006 sur le fonctionnement du CASEC, se veut un plan de développement des sections communales. Le CASEC est par contre dépourvu de moyens pour le mettre en oeuvre.

Marginalisé, le milieu rural est traité en parent pauvre. C’est le « pays en-dehors », souffrant d’un manque d’infrastructures et de services publics. Cette situation d’exclusion, d’injustice sociale et de dépendance couplée aux méfaits des aléas naturels brosse un tableau plutôt sombre du milieu rural, caractérisé par la pauvreté et l’insécurité alimentaire, touchant plus de 70 % des familles, par la dégradation environnementale de plus de 85 % des mornes. Ce qui pousse massivement à l’exode rural. Haïti est devenu le 3e pays le plus urbanisé dans la région Amérique latine et Caraïbes derrière Trinité-et-Tobago et le Mexique. Selon la Banque Mondiale1 : « 64% des Haïtiens vivent dans les villes et le nombre de citadins pourrait passer de 6 à 11 millions d’ici 2050 ». Faute d’infrastructures d’accueil, de services et d’emplois, les villes se bidonvillisent, deviennent en particulier des foyers de misère, de chômage, une poudrière sociale qui charrie différentes revendications et des violences, expliquant du coup les grandes turbulences politiques des 35 à 40 dernières années.

Fort de cela, Haïti doit choisir aujourd’hui entre une urbanisation sauvage et la recherche d’un équilibre planifié entre ses espaces. L’amélioration des conditions de vie dans les sections communales parait être un choix plus sensé et un enjeu majeur pour sauver la capitale et faire émerger progressivement des villes modernes dynamiques. Pour cela, il est proposé une gouvernance territoriale basée sur un partenariat public privé communautaire (PPPC), moyennant la programmation dans le Budget national d’une allocation pour l’implémentation des axes stratégiques suivants:

  1. Aménager par section communale un complexe soumis à un management type PPPC, incluant 5 services collectifs à la communauté (école moderne pleinement intégrée dans son milieu, ouverte sur la science, la technologie et la formation vocationnelle ; centre hospitalier avec bloc opératoire et service ambulancier ; tribunal de paix, bureau d’état civil et poste de police ; banque commerciale ; centre d’épanouissement de la jeunesse : technologie, culture, sport et loisirs), et un service de gîte rural pour l’accueil touristique, la promotion de l’agritourisme et/ou de l’écotourisme ;
  2. Construire une route principale traversant la section communale (voire intersection communale), facilitant l’accès de plusieurs communautés entre autres aux services de base (ambulance, transport en commun, électricité et eau potable), et l’arrivée de touristes au centre d’accueil ;
  3. Promouvoir un programme de régénération intelligente des montagnes par adaptation transversale (PRIMAT), complété par une diversification dans la chaîne de valeur (agroalimentaire, artisanat, tourisme), moyennant l’accompagnement technique de 4 agronomes par section communale (production végétale, production animale, technologie agroalimentaire, et phytosanitaire).

Ce modèle n’est qu’une stratégie d’amélioration du cadre de vie en milieu rural en Haïti. Il s’inscrit dans une vision de développement humain plus globale, axée sur le vivre-ensemble (Charte de vie) et le collectivisme dans un ancrage individualiste (Croissance économique), devant ainsi favoriser le progrès pour tous et le respect de l’environnement. La vie peut être très agréable et douce à couler en milieu rural, quand on a suffisamment à manger, quand les infrastructures et les services sont disponibles, et quand les moyens d’y accéder sont à la portée de tout un chacun. C’est ce rêve à concrétiser pour un autre milieu rural en Haïti viable. Pour cela, il faut une symphonie rythmant volonté et courage politiques des dirigeants, participation citoyenne de l’élite et détermination des organisations et des leaders locaux.

Abner Septembre
Sociologue, Entrepreneur, Chercheur et Praticien en Sociogronomie

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